Je dormais dans un cimetière 16: Résurrection,Pouvoir,Fin

La résurrection ? Non, seul le Christ était ressuscité.
Je n’étais pas morte. Je ne revenais pas à la vie.
Je reprenais ma place.
J’avais le mérite d’avoir compris tellement de choses en peu de temps. Je devais aller jusqu’au bout maintenant.
Roger s’était figé.
Il voulut fuir mais semblait planté là au sol.
Il balbutia.
— Non… non… ce n’est pas possible.
Jacqui avait les yeux fermés. Elle criait. Elle ne s’était même pas rendu
compte que les choses avaient changé.
“—… Qu’au dernier jour, le méchant soit enterré et que le la justice trouve
sa voie. Seigneur miséricordieux, toi qui est toujours du côté du juste…”
Les paroles de Jacqui semblaient faites pour moi et correspondaient à
l’instant présent.
Mes mains, serrées tremblaient. Je sentis plus que je ne vis mes jonctures
blanchir.
Roger tendit les mains vers moi.
— Tu es morte. Tu es morte… personne n’est jamais revenue. Le crâne se trouvait sur ma poitrine.
Tout avait commencé avec lui. Tout allait se terminer avec lui.
— Tu n’es pas vrai…
Il fit un quart de tour sur lui-même.
Je ne savais pas ce qu’il recherchait exactement. Il sembla ne pas le
trouver.
— Tout retournera dans l’ombre car la lumière jaillira. Les ténèbres ne
régneront jamais car elles n’ont pas une place sur la terre.

Je pris le crâne. Comme un ressort, j’avais bondi hors de la tombe.
— Bienheureux celui qui croit car il témoignera sans jamais avoir vu. J’avais hurlé.
Jacqui ouvrit les yeux.
La scène qui se présentait à elle la fit frissonner.
— Mado !
— Lui seul à la capacité et la possibilité de nous guider dans le noir. Lui
seul fait tomber l’ennemi sur le champ de bataille. Le seigneur est gloire et
bonté.
Disais-je en tendant le crâne vers Roger.
— Non… non… hurlait-il.
Il avait les pieds implantés au sol. Impossible de bouger.
Jacqui vint se joindre à moi.
Elle se tint à mes côtés.
Nous nous mirent à scander avec force.
— Gloire soit rendu au seigneur.. Gloire soit rendu au maître de l’univers. Roger ne cessait de protester. Il avait placé les mains devant son visage
comme pour se protéger des paroles dites par nous Ce n’était pas fini.
Nous allions y arriver.
Le crâne entre mes mains commençait à changer de couleur. Il devenait rouge… Je me regardai avec Jacqui. Nous allions continuer.
Le combat venait de commencer.
Le malin n’allait pas gagner.
Nous étions en guerre.
Sonia était là. Elle n’allait pour rien au monde manquer cette scène. Elle savait qu’elle n’allait pas pouvoir tenir Roger.
Elle attendait ce moment depuis si longtemps. Roger était invincible. Il le lui avait dit.

Mais c’était faux. Tout ce qui est vivant mourra. Il l’avait oublié.
Ses pratiques malsaines lui avaient laissé croire qu’il était à l’abri de tout, qu’il était immortel.
Il ne pouvait pas échapper à la vengeance d’une âme pure qui s’était repenti.
Elle avait grandie dans cette belle famille avec beaucoup d’argent. Mais elle avait très tôt compris que quelque chose n’allait pas chez elle.
Elle avait vu son père un soir sortir un crâne de son emballage.
Elle avait sursauté.
— Papa ?
Il s’était retourné.
— Va dormir Sonia. Que fais-tu debout à cette heure-ci ?
Elle s’était enfuie sans poser de questions. Son père faisait des choses
étranges. De fois, lorsqu’il ne se savait pas observé, il murmurait des paroles bizarres dans sa barbe.
Aussi, il partait avec le chauffeur durant de longues heures au cœur de la nuit.
Elle avait essayé d’en parler à sa mère qui lui avait dit de ne pas s’en occuper. Ce n’était pas son problème
Elle n’avait que douze ans. Elle devait vivre sous la coupe de ce monstre. C’était compter sans l’esprit de curiosité qui l’animait.
La petite fille voulait comprendre.
Inconsciemment, elle avait ouvert la boîte de Pandore.
Elle avait mis à nue ce que son père cachait depuis très longtemps Les conséquences n’avaient pas tardé.
Sa mère avait voulu s’en aller en prenant ses enfants.
Ils étaient morts. Son père avait tué ses sœurs.
Sa mère lui avait dit avant de s’enfuir.

“— Voici ce que tu vas faire. Si je t’emmène avec moi, il nous retrouvera facilement… mais si tu pries et invoque le seigneur, il te protégera. Je t’ai appris à lire et à croire.”
La petite fille était perdue.
“— Pourquoi ne restes-tu pas lire et prier avec moi ? Nous serons toutes les deux protégées.
— C’est impossible ma chérie lui avait répondu sa mère les yeux pleins de larmes. Pour moi, il se fait tard.
— Mais il n’est jamais tard pour le seigneur Tu l’as dit.
— C’est vrai. Mais je dois partir.”
Sonia n’avait pas compris.
Elle se retrouvait seule avec son père qui était le monstre.
Elle avait voulu rendre justice aux siens. Elle croyait naïvement qu’elle en était capable mais c’était faux. Son père avait plus de pouvoir.
Il l’avait réduite en état d’esclave mais ce n’était pas terminé. Un jour viendra où justice devait être faite.
Ce jour était arrivé.
Et c’était ce soir.
Mado était celle qui allait lui donner la possibilité de récupérer Roger.
Il lui fallait assez d’énergie pour prendre possession du corps de Roger et
faire damner son âme à jamais.
C’était la seule solution pour le faire disparaitre.
Mais où trouver cette force?
Une voix se fit entendre derrière elle brusquement.
— Je suis prête à te donner mon énergie. Je veux qu’il brûle en enfer. Sonia se retourna. C’était la mère de Mado !
La mère de Mado marqua un arrêt. Elle se tint à une distance respectable de Sonia.

— Roger doit payer. Il a fait de moi une âme errante sans but. Tout doit s’arrêter.
Sonia lui renvoya.
— Vous savez ce que ça signifie n’est-ce pas ?
La mère de Mado hocha la tête.
— J’ai besoin de repos. Je dois secourir mes enfants. Il doit être arrêté. Un
esprit si sombre a besoin de plus de lumière pour s’éteindre. Sonia secoua la tête.
— Malheureusement nous n’avons pas assez d’énergie pour y arriver maintenant.
— C’est maintenant ou jamais Sonia !
— Je sais. Comment avez-vous fait pour entrer en contact avec moi ? Jusqu’ici je ne pouvais pas parler à une créature tuée par Roger.
La mère de Mado secoua la tête.
— C’est la grâce et la foi mises en notre seigneur !
Sonia hésita.
— Toutes les deux, nous ne pouvons pas réussir.
Il eut un silence entre eux plein d’interrogations.
Allaient-elles laisser Roger s’en tirer une fois de plus ? Les filles n’allaient
pas tenir bien longtemps.
— Nous n’avons pas assez d’énergie…
— Nous sommes là ! Crièrent plusieurs voix.
Sonia et la mère de Mado se retournèrent.
C’était des créatures de l’ombre. C’était des âmes errantes. C’était ceux-là, envoyés dans le noir par Roger. Ils étaient si nombreux.
Ils voulaient se venger.
L’un d’eux s’avança.
— Nous allons vous donner cette énergie. Nous allons fusionner. Sonia hocha la tête.

Il arrive un moment dans la vie où on doit payer la note.
Roger venait de recevoir la sienne. Elle allait être salée.
Tous ceux qu’ils avaient envoyés dans le noir allaient utiliser la lumière
pour le tuer.
Sonia ouvrit les mains et brusquement, tout ce monde devint une lumière
blanche.
Ils prirent possession de Mado. Elle cria en fermant les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, elle était une autre personne…
Elle sourit.
— Me voici Roger.
Autour d’elle, une auréole de lumière se dégageait. Elle brillait.
Elle avait réussi.
Jacqui et moi n’étions pas arrivées au bout de notre combat.
Roger se mit à rire.
— Vous ne pourrez jamais m’avoir… jamais. Certains plus forts que vous
ont essayé. Ils ont voulu se frotter à moi et n’ont jamais réussi.
Vous ne pourrez rien car vous n’êtes rien.
Il semblait si sûr de lui.
Le crâne s’était enflammé entre mes mains. Il s’était transformé en un feu
ardent qui envoyait des projectiles vers Roger…
Comme dans un rêve, je vis Roger se hisser au-dessus de nous et
commencer à secouer la tête.
Je l’avais vu dans un film. Ce film où le serpent s’en prenait à la vie de pauvres innocents. Il levait la tête et faisait d’eux une seule bouchée.
Roger tentait de nous avaler ma sœur et moi.
Notre arme restait notre prière.
Je fis de mon corps un écran de protection. Je voulais protéger ma sœur. Il était hors de question que Jacqui soit atteinte par ce monstre.

— Tu ne pourras plus rien contre nous Roger. Ton heure est arrivée et tu vas retourner dans les ténèbres. Cette histoire sera connue de tous. Je te jure que je mettrai au grand jour tes malversations et tes pratiques malsaines.
Il éclata de rire.
— Je suis plus que ce que tu crois. Tu sais qui t’a deviergée? Moi !!! Tu étais bien trop droguée et avais tellement soif d’argent que tu n’aurais rien compris. Ton amour pour la richesse a été le début de ta déchéance Mado. Accepte que tu aimes la richesse et sois de mon côté. Nous ferons de belles
choses, toi et moi. Nous gouvernerons sur le monde. Viens à mes côtés. Ce n’est pas grave si tu as tué mon enfant’. Je te pardonne. Tout ce temps, ces conversations nocturnes avec le monstre : Ce n’était que moi. Je voulais te dissuader d’aller au bout de tes pensées mais tu as été têtue. Tu as tué notre enfant Mado. Il aurait été le roi de la terre.
Je ne comprenais plus. J’étais étourdie par ces nouvelles données. J’avais été bel et bien manipulée. C’était Roger. C’est lui qui avait pris ma virginité et était le père de l’enfant fantôme que je portais en mon sein. C’était lui encore le monstre.
Je secouais la tête.
— Non… non… non…
Le crâne s’était consumé.
Une lumière apparut derrière Roger en lui lançant. — Tu n’as plus d’issue Roger !
Il se retourna.
Sonia !
Elle ouvrit les bras. Jacqui et moi étions secouées.
— Sonia ? Comment ? Va-t’en… enfant maudit. Je suis ton père !
— Non, tu es un monstre. La lumière gagnera toujours sur l’obscurité ! Elle tendit la main et Roger se mit à se tordre en hurlant… en quelques
secondes, il devint une toute petite boule qui se réduit en cendres. Sonia se

baissa, ramassa tout, la cendre de Roger et celui du crâne. Elle se tourna vers Jacqui et moi qui regardions.
— Au-revoir Mado, va dire au monde ce que tu as vu et vécu. Que notre seigneur t’accompagne. Vas-y, ta foi t’a sauvée ! Aurevoir Jacqui !
Elle avait disparue.
Jacqui me prit dans ses bras. Je l’étreignis en souriant. — Je suis désolée Jacqui, je suis désolée.
— Chut, tout est fini maintenant.
Nous pleurons.
Une voix se fit entendre proche de nous. — Que s’est-il passé ici ?
C’était mon père !
Jacqui se mit à rire.

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