Je dormais dans un cimetière 08: Bible,Couteau,Menace

J’étais dans un processus de reconstruction.
Au bout du tunnel, cette lueur d’espoir qui nous laisse parfois présager que les choses s’amélioront.
Mais bien souvent, nous croyons que ce qui nous arrive ne trouvera jamais une solution et pourtant, elle naît lors de nos moments les plus sombres.
J’avais atteint un point de non-retour.
Plusieurs heures à creuser, à déterrer, à chercher à comprendre. C’était fou et incroyable.
Avais-je imaginé une seconde que ma poursuite effrénée de l’argent allait me conduire à des extrêmes incroyables ?
Si j’avais eu toutes les cartes en main dès le départ, aurais-je accepté tout ceci !
Honnêtement, je n’avais pas une réponse bien claire. C’est fou ce que la quête de l’argent peut nous emmener à faire.
J’avais une envie folle de taire enfin cette voix qui murmurait en moi : Mado, tu as tout ce que tu as toujours voulu. Que veux-tu de plus ?
Je voulais la paix de l’esprit. Je voulais retrouver ma quiétude.
Assise sur ce qui restait de la tombe de ma mère, la sueur dégoulinante, je m’assis en hurlant au fond de moi.
— Pourquoi ? Suis-je la seule à rechercher le confort ?
J’étais sûrement la seule à rechercher ce bien être que l’argent allait me procurer au-delà de mes capacités.
J’étais acculée.
Après plusieurs minutes de repos, je repris ma tâche. Dire que je ne me serais jamais cru capable de creuser un petit trou. Face au danger, nous nous découvrons des forces insoupçonnables.
J’allais abattre le dernier coup de pioche.

Je ne savais pas ce que me réservait l’avenir mais une chose était certaine, j’avais désormais en face de moi des ennemis invisibles.
Quant à mourir, j’allais le faire dignement.
Je n’avais que dix-neuf ans, mais je venais de vivre toute une vie.
Tout était clair désormais.
Mais j’allais vite comprendre que ce n’est pas parce-que qu’on a décidé quelque chose qu’elle se passe exactement comme on le désire.
Tomber des nues me paraîtrait très faible pour exprimer ce qui allait
m’attendre.
Ma mère était là, bien enveloppée dans son linceul. Elle paraissait juste endormie.
Ça me semblait bizarre.
La sueur dégoulinait de son front comme si elle avait été enfermée dans une chambre chaude.
Je n’avais jamais exhumé un corps de ma vie mais j’étais sûre qu’il ne se présentait pas ainsi.
Après la mort, le processus de décomposition était en principe entamé. Pourquoi ma mère était-elle dans cet état comme si elle dormait ? Rien ne laissait penser qu’elle était décédée.
Je regardai encore pendant plusieurs minutes. Ce n’était pas normal.
Je pris le fameux couteau.
Il était simple, normal.
Jacqui m’avait donné les explications concernant sa présence. Mais pourquoi Roger et le monstre le voulaient-ils ?
J’étais songeuse.
Qu’allais-je faire maintenant ? Recommencer le processus à l’envers ? Reverser toute cette terre sur ma mère alors qu’elle était en parfaite condition physique que moi?

Je sortis de la tombe et je repris mon travail.
Auparavant, spontanément, je me baissai pour prendre la terre qui se trouvait dans la tombe. Je la laissai retomber au-dessus de ma mère en lui disant :
“— Maman, je ne sais pas ce qu’il se passe mais je voudrais que tu me donnes la force et la possibilité pour sortir d’ici. Je sais que je ne t’ai pas écoutée, pardonne moi s’il te plaît.”
Je recouvris ma mère de sa terre.
Il se faisait tard lorsque je repris le chemin du retour.
Je ne savais pas où j’allais garder le couteau.
Comment allais-je procéder maintenant ?
Je ne savais même pas à quoi elle pouvait servir. Mais intérieurement, j’avais compris qu’il était la clé.
J’avais pu louer une voiture en payant le prix fort. Même si je ne parlais pas, je pus me faire comprendre. L’argent ouvrait les portes et faisait entendre les muets.
Je reprenais la route de ma prison dorée. J’allais bien trouver une solution.
Jacqui m’attendait à l’appartement. Heureusement, Roger n’était pas là.
— Mado ! Cria-t-elle à ma vue.
Je n’avais vraiment pas l’air bien mise.
Je devais me débarbouiller.
Je hochai la tête et pris la direction de la salle de bain.
Là, je fouillai mon petit livre. Je l’avais caché soigneusement. Je l’ouvris et j’y mis le couteau.
Il semblait déborder mais ce n’était pas important. Je le remis dans sa cachette. Et je pris un bain.
Jacqui me regarda lorsque je revins au salon.

Il me fallait mon bloc note.
— Que fais-tu là Jacqui ?
— Je me suis inquiétée pour toi Mado !
— Ça va. Je t’aurais appelée si j’avais eu un souci..
J’hésitai quant à quoi écrire pour la suite.
— Mado, je suis inquiète. Maman m’a parlé dans mon rêve cette nuit. Elle
dit que je devrais veiller sur toi. Elle dit que tu es en danger. Je lui ai dit que je serais là.
Quoi qu’il arrive Mado, nous ferons face ensemble.
Je regardai ma sœur. Je ne comprenais pas comment on pouvait avoir un si grand cœur.
Je ne comprenais pas comment elle faisait pour prendre à cœur les intérêts des uns avant les siens.
J’étais égoïste et mauvaise. Je ne serai jamais comme Jacqui. Je devais lui demander de m’apporter la bible de ma mère. Je repris le bloc-notes pour écrire.
— Jacqui, maman avait une bible et…
Soudain, une scène effroyable se produit.
Mon bloc-notes venait de prendre feu dans mes mains. Je me levai en laissant échapper un cri silencieux. Jacqui criait.
Elle fût rapide et chercha rapidement un morceau de tissu pour éteindre le
feu.
Je tremblais.
En quelques secondes, le bloc-notes avait été réduit en cendres. — Que s’est-il passé ? Cria Mado.
J’aurais bien aimé le savoir également.
— C’est la sorcellerie Mado !
J’eus envie de lui crier que ça me concernait moi et pas elle.

Je tremblais encore lorsqu’elle débarrassa le sol des dernières cendres.
J’étais surveillée.
Ils savaient probablement où j’avais passé la journée. Qu’attendaient- Ils pour intervenir?
J’étais probablement inoffensive pour eux.
Jacqui prit mes mains et se mit à prier
— Mado, nous devons invoquer le tout puissant. Il est arrivé tellement de
choses ces dernières semaines. Rentrons à la maison. Cet appartement luxueux
me fait toujours peur. Il est froid, glacial et me donne l’impression que nous sommes toujours observés. Je ne sais pas qui est le père du bébé mais si tu ne veux pas en parler, je comprendrais. S’il te plaît, reviens à la maison !
Même si je l’avais voulu, je n’aurais pas pu revenir chez nous. C’était trop dangereux et inutile. Ma guerre se trouvait ici dans le camp de l’ennemi.
Je ne pouvais pas partir,’ j’allais boire la coupe jusqu’à la lie. Je secouai la tête négativement.
— Tu ne veux pas revenir ?
Elle ne comprenait pas.
Je ne pouvais pas revenir. Elle se mit à prier.
Je ne l’avais jamais fait.
Ma mère était une servante croyante. Elle croyait en un Dieu invisible mais omniprésent, omniscient et omnipotent.
Je m’étais toujours demandé si elle était consciente qu’elle croyait en l’impossible
Avec tout ce que je vivais, je commençais déjà à croire que ce Dieu existait.
Il était peut-être celui qui pouvait encore sauver mon âme ? Je n’aurais su le dire.
La route était longue et juchée d’épines. J’allais tenir fermement encore et encore.

“Notre père qui est aux cieux, que ton nom soit…”
Je murmurais en regardant mon plat.
Roger était en face de moi. Il m’observait.
— Mado, y a-t-il quelque chose que je devrais savoir ? J’avais pu avoir un nouveau bloc-notes.
— Rien Roger ! Dis-moi, comment va ta fille ? Il ouvrit les yeux.
— Pourquoi parles-tu de ma fille ?
— Pour savoir car c’est grâce à elle qu’on s’est connu !
Cette vie-là me semblait déjà bien loin. L’époque où je cherchais à accrocher Sonia était bien lointaine.
Je me rappelais que nous avions pratiquement le même âge. Savait-elle que son père n’était pas celui qu’il prétendait être ?
Savait-elle que son géniteur était un monstre ?
Quel effet ça faisait de vivre avec insouciance ?
— Tu me sembles bizarre et perdue, ce n’est pas bien. Ta boutique a été chargée. Tu pourras sortir te détendre dorénavant.
Cette fois ci, c’est moi qui ouvris les yeux
— Ma boutique ?
— Oui, rappelle-toi. Tu voulais t’occuper. Les mois à venir ne seront pas
de tout repos. Il te faut une activité pour te libérer l’esprit. — Je vois …
Ce fût tout ce que je pus écrire.
Que faisait-il de ce crâne qui dormait sur mon lit ?
— Pourquoi Suis-je mariée à un crâne ? C’est quoi le projet Roger ?
Il prit son temps pour me répondre
— Estime-toi heureuse que ce soit un crâne. Ils m’ont lié à ma chaussure ! Je tombai des nues.
— C’est qui ” ils” ?

Il me regarda d’un air soupçonneux
— Tu poses trop de questions. Contente-toi de ce qu’on te donne. Tu as tout l’argent pour toutes les folies du monde. Le reste ne te regarde pas. Tu peux en jouir à ta guise mais ne creuse pas loin si tu ne veux pas te voir recouvrir par la terre. Tu es jeune et tu as l’avenir devant toi.
Je hochai la tête.
La soirée se déroula ainsi.
J’avais essayé de lui tirer les vers du nez sans succès.
Lui extorquer les informations semblait aussi impossible que de creuser un puits d’eau au Sahara.
Vint l’heure de prendre congé, Roger me regarda
— As-tu pu prendre le couteau ?
Prise au dépourvue, je pris quelques secondes avant de répondre
— Le couteau ?
— Oui, celui avec lequel ta mère a été enterrée !
— Ah je vois. J’irai au village dans les prochains jours. Je me sens mieux
désormais.
Il plissa les yeux
— Mado, toute tentative de rébellion se soldera par un échec. Tu ne peux pas les combattre. Utilise tout l’argent qu’on te donne. Tu n’es rien toute seule. Nous sommes ta famille désormais. Tu n’as personne. Ne l’oublie pas.
Il n’allait pas me croire. Je n’étais plus toute seule.
Couchée sous mon lit, je sentis un froid m’envahir. Le monstre était là.
— Bonsoir mère !
Je fermai les yeux en récitant ma prière comme me l’avait montré Jacqui. “— Le seigneur est merveilleux, gloire soit rendu à son nom et à ses
œuvres. Je vivrais dans sa maison tous les jours…”
Le monstre disparut subitement.
Je croyais en avoir terminé avec lui. J’avais crié victoire très tôt.

Mon lit se leva soudain et alla se fracasser à l’autre bout de la pièce. J’eus l’impression d’assister à une scène du film l’exorciste. Soudain, je me vis projetée sur l’autre mur comme un chiffon.
Je hurlai de douleur. Ce n’était pas terminé…
Je fus ballottée de mur en mur avec la même violence. J’avais probablement les os brisés.
Je criais, je pleurais mais personne ne pouvait m’entendre.
Juste au moment où je crus qu’un peu d’accalmie m’était accordé, je me retrouvai scotchée au plafond de ma chambre.
Tout ceci relevait de la science-fiction.
Ce n’était pas réel.
Pourquoi avais-je si mal ? Pourquoi pleurais-je ?
J’étais surprise d’être encore en vie.
— Mère !
C’était le monstre.
Il était assis juste sous moi et avait levé la tête
— Je viendrai bientôt au monde avec ou sans ta bénédiction. Je ne sais pas
ce que tu fabriques mais tu ferais mieux de revenir en de bons sentiments. Tu ne mourras pas car je ne veux pas mourir. Tu dois arrêter ce que tu fais. Tes cachotteries, je les connais.
Tu as le choix entre vivre une vie heureuse, entourée de tout ce que tu veux ou te battre contre moi. Combat que tu n’emporteras jamais. Si j’étais toi, je choisirais la première option. Que choisis-tu mère ?
Je regardais le sol. Ma position me donnait cet avantage d’être en haut littéralement
— Être riche et heureuse ! Il hésita
— Sage décision. Alors apporte-moi le couteau et le livre. Tout redeviendra normal pour toi…
N’oublie pas que je suis invincible. Tu auras une nouvelle voiture demain. Tu auras également une nouvelle mission demain.
Bonne nuit mère.
Je me retrouvai au sol comme un sac qu’on venait de décrocher. Le nez
planté au sol, je criais — Si je savais !
Qu’aurais-je pu savoir !
Après la nuit particulière et épuisante que j’avais vécue, le retour à la réalité se fit très rapidement.
Il fût brut et sauvage.
Devant ma porte m’attendait un sac. Je l’ouvris.
C’était une main de bébé fraîche. Un mot l’accompagnait
— Ton dîner de ce soir.
Je perdis connaissance..✍️✍️✍️???????? à faire à suivre.????✍️✍️???? ????

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