Je dormais dans un cimetière 05: Refus de grossesse,Monstre

Confrontés à certaines situations complexes, nous sommes parfois à même de perdre littéralement la tête.
La mienne, je l’avais perdue depuis fort longtemps.
J’étais consciente d’avoir été l’artisane parfaite de mon état actuel.
Je m’étais mise toute seule dans cette situation inextricable.
Et pourtant, tout ce que je n’avais jamais voulu avait été d’avoir de
l’argent, d’être heureuse.
Pourquoi tout ceci m’arrivait-il à moi ?
Avais-je eu les yeux plus gros que le ventre ?
N’est-ce pas normal de chercher le meilleur pour sa vie ?
N’est-ce pas normal de tout faire pour sortir d’une condition de vie
précaire qu’on n’a pas choisît..?
N’est-ce pas normal de chercher à vivre sans se soucier du lendemain.
Si vous fouillez dans vos placards, vous verrez que certains de vos actes,
inconsciemment étaient posés dans le but de vous propulser vers le haut.
Vous refusez d’accepter que vous aurez été prêt à vous compromettre pour
de l’argent.
Vous direz que j’ai emprunté des moyens détournés et facile pour y
arriver. C’est faux. Vous n’êtes pas mieux lotis.
Je ne cherche pas à me justifier. Je voudrais que vous vous regardiez dans
le miroir ce jour et acceptez que je ne suis pas celle qui a péché le plus.
Je n’étais qu’une petite fille qui voulait être heureuse avec l’argent. Je
n’avais rien demandé d’autre.
Lorsque je repris connaissance, je me murai plusieurs heures dans un état
égaré.
Ma sœur était toujours à mon chevet

J’étais couchée dans ce lit d’hôpital, essayant de comprendre comment j’avais pu tomber enceinte.
L’immaculée conception n’avait jamais existé que dans la bible.
J’étais plus perdue que jamais.
Même mon père qui vint me rendre visite et m’interrogea sur le géniteur
de mon bébé ne parvint pas à me faire sortir de mon mutisme. Les médecins demandèrent qu’ils me laissent seule.
J’étais anémiée. j’avais besoin de sang. Ceci expliquait ma faiblesse. Je reçus deux unités de sang.
En dehors de ceci, tout allait pour le mieux. Mon bébé et moi nous portions très bien.
“— Quel bébé ? Eus-je envie de hurler. Ce n’était pas un bébé, c’était un monstre..”
Lorsque je pus enfin m’exprimer,
Je demandai à voir le médecin pour lui dire:
— Je voudrais avorter. Je sais que c’est possible, s’il vous plaît docteur,
faites le nécessaire.
Il ne s’attendait pas à cette demande saugrenue.
— Je ne veux pas de ce bébé. Je suis jeune. J’ai une vie à construire.
Je jouais sur la carte de la sensibilité.
Je voulais lui montrer que cet enfant allait détruire ma vie.
L’avortement n’était pas autorisé mais il pouvait se pratiquer si la vie de la
mère était en danger.
Instinctivement, je devinai que la mienne l’était.
— Je ne veux pas mourir docteur !
Cette fois ci, j’étais sincère.
Je ne pouvais pas aller jusqu’au bout de cette grossesse.. j’allais mourir ! Ce fût ma sœur Jacqui qui me réveilla pour la troisième fois. Je ne savais
pas quelle heure il était.

— Mado, tu vas mieux selon les médecins. Ce n’est pas nécessaire qu’on te mette la pression maintenant. Nous rentrerons à la maison ensemble !
— Non.. Hurlai-je à me régressant brusquement de mon oreiller. De quelle maison s’agissait-il?
De cette pièce minable que j’avais eu le temps de fuir ?
Cette baraque qui tenait à peine debout ?
Elle osait lui donner le nom maison ?
J’espérais qu’elle blaguait.
C’est en cherchant une condition meilleure que je me retrouvais
aujourd’hui enceinte d’une chose inconnue.
Je ne pouvais pas y retourner, pour rien au monde.
Je préférais encore le cimetière.
— Non? Qui va prendre soin de toi et du bébé ?
Pourquoi ma sœur persistait-elle à attribuer le nom bébé à cette chose ?
C’était un monstre. Il n’y avait pas de débat à faire pour confirmer ce fait. — Je vais me faire avorter lui lançai-je négligemment.
— Quoi ?
Jacqui hurlai.
— Oui, je suis jeune. J’ai ma vie à construire. Un bébé n’était pas inscrit au programme !
— Mais, c’est dangereux et c’est un innocent qui n’a pas demandé à naître. Pense à ces femmes qui n’arrivent pas à avoir un bébé.
J’eus un sourire désabusé
— Suis-je le créateur ? Est-ce moi qui devrais payer pour celles qui n’enfantent pas ?
— Mado, je sais que tu es encore en état de choc, mais ça va aller. Je pourrais garder le bébé et tu feras ce que tu veux. Nous mettrons tous la main à la pâte. Papa est là, malgré tout, je crois qu’il sera toujours de notre côté. Tellement de choses se sont passées en quelques jours. La mort de maman et

ensuite ta grossesse. Ne crois-tu pas qu’une nouvelle vie pourrait nous rendre notre joie ?
— Une nouvelle vie ?
— Oui, la mort et maintenant une naissance. Un bébé représente l’espoir, l’avenir.
— Ce n’est pas un bébé Jacqui, c’est un monstre.
Jacqui posa la main sur sa bouche
— Mon Dieu, tu as été violée, c’est ça ? Seigneur…
Elle venait là de me tendre une perche. L’alibi rêvé pour appuyer ma
demande.
— Je ne voulais pas en parler mais…
Je pleurais.
Ma sœur me prit dans ses bras en pleurant. Elle ne le savait pas encore
mais elle venait de me sauver la vie.
La nouvelle de mon viol parvint jusqu’à mon père qui vint s’excuser
d’avoir douté de moi.
C’était comme si, parler d’un viol rendait la situation plus digeste.
Une chose m’importait.
J’avais là la possibilité de me débarrasser de cette chose qui avait pris
possession de mon corps.
Roger vint enfin me rendre visite.
Il se tint face à la fenêtre, je ne voyais que son dos.
Son ventre touchait les carreaux de la fenêtre. Je n’avais pas pu
m’empêcher de le remarquer. Il avait demandé que je sois placée dans la plus belle chambre de l’hôpital.
— J’ai appris que tu veux avorter ! Furent ses premiers mots.
Rien sur mon état de santé.
— Les nouvelles vont vite Roger.

— Je te le déconseille fermement.
— je vais me gêner, oui. J’ai une question.
Il se retourna. Son regard semblait percer mon âme
— pose toujours.
— Qui est le père de cet enfant ? Est-ce même un enfant ? Que se passe-t-
il Roger ?
Roger fit un mouvement vers moi
—Tu sais Mado, j’aurais pu t’abandonner, te laisser tomber. Depuis le
début, tu as accumulé mensonge après mensonge. Tes parents étaient vivants. Je ne sais pas pourquoi tu m’as caché certaines choses mais je suis conscient que tu es jeune. Tu as toute la vie devant toi pour apprendre de tes erreurs. Le temps est notre meilleur allié et il sera le tien.
J’avais envie de hurler. Il ne répondait pas à ma question. Il n’y avait même pas fait allusion. De qui se moquait-il ?
— Roger, je suis désolée si les choses sont allées si loin. Je ne voulais pas en arriver là.
Tu n’as pas répondu à ma question !
— Nous irons passer quelques jours sur la Côte d’Azur à ta sortie. Tu dois te ménager. Tu as désormais une vie supplémentaire à conserver. Tu auras à ta disposition tout ce que tu veux. Appelle moi quelque soit l’heure, j’exécuterai ton ordre. Tu es maintenant une reine. Un prince viendra au monde.
J’étais ahurie. Il parlait comme si tout était normal. Il sortit sans plus un mot.
Il n’avait pas toujours répondu à ma question. J’étais épuisée.
Couchée sur cette table froide, les pieds écartelés, j’avais fermé mes yeux.
Deux jours plus tard, j’avais réussi à convaincre le médecin. Je lui avais promis une grosse somme d’argent. C’était deux mois de son salaire.
Il m’avait dit

— Je comprends que vous ne pouviez garder le fruit issu d’un viol.
Mais je savais que ce qui le motivait n’était pas l’altruisme. C’était l’argent. Une fois de plus encore, l’argent démontrait qu’il était le maître de la terre. Je parvins à convaincre ma sœur. Même si elle ne fût pas d’accord, elle
accepta ma décision
— Mado, il est innocent. Je sais que c’est un viol mais il a le droit de vivre
!
Jacqui, la fille parfaite. Le prototype de ce que ce monde devrait avoir.
Elle vivait encore avec des œillets. Elle défendait la veuve et l’orphelin. Elle croyait que tout était blanc ou noir.
J’aurais peut-être pu l’apprécier dans un autre monde, mais pas dans celui- ci. Ici, tout n’était pas parfait. Il fallait une bonne dose de courage pour tirer son épingle du jeu. En écoutant Jacqui, je compris que jamais je ne serais comme elle.
Elle me faisait pitié.
Soudain, je sentis un métal froid dans ma partie intime et je sursautai
— Ça va aller, disait le médecin. Je place le spéculum. Le curetage sera
rapide. Votre grossesse n’est pas encore avancée.
Tout était fait sans aucune anesthésie.
Je fermai les yeux en pressant les paupières.
Je me vis entrain de courir. Je courais si vite. Je ne savais pas où j’allais. J’étais dans un monde imaginaire. Rien autour de moi n’avait une
apparence normale. Je flottais. Que dis-je, je volais.
Je ne savais pas où j’allais mais je devais avancer.
Soudain, quelqu’un apparut devant moi pour stopper ma course. — Où vas-tu ?
C’était ma mère !
— Maman ? Que fais-tu là ? Où suis-je ?
— Mado, sais-tu où tu es ?

— Non maman.
— Ma fille, je t’avais pourtant avertie. Je t’avais parlé du danger d’aller très vite. Pourquoi ne m’as-tu pas écoutée ? Tu étais si pressée Mado. Et pourtant, tu aurais pu avoir tout ceci avec un peu de patience et de travail. Tu aurais pu avoir ce qui te permettrait de vivre. Pourquoi es-tu allée si vite ma fille ?
—Maman, je ne comprends pas.
— Maintenant, Tu portes en ton sein un monstre. Ils ont besoin de lui pour agrandir leur ministère. Tu étais la candidate parfaite, vierge avec une envie démesurée de richesse. Ils ne voudront pas te laisser partir. Ils ne te laisseront pas tuer ce qui représente la prise de pouvoir pour eux. Tu n’as pas le choix, tu mettras monde ce monstre. Seul le seigneur, l’unique peut encore sauver ton âme. Va dans ma chambre, dernier tiroir à gauche, prend ma bible, c’est mon bien le plus important. Elle te guidera.
— Maman…je…
— Fuis Mado… fuis…
Je sursautai brusquement.
Le médecin n’avait pas terminé
Soudain, j’entendis un cri
— Au secours, sauvez-moi !
C’était le médecin qui reculait en titubant. Il avait lâché ses instruments.
L’infirmière qui l’assistait poussa un hurlement. Que se passait-il ?
— Le docteur est mort, le docteur est mort criait-elle
Le médecin venait d’avoir un arrêt cardiaque !
Je regardais tout droit devant moi dans ma chambre.. Les événements des
dernières heures relevaient plus de la science-fiction que de la réalité.
Un médecin qui a un arrêt cardiaque au cours d’un avortement. Ce n’était
pas clair.

Tout était allé très vite
L’infirmière ne pouvait même plus témoigner.
Elle était entrée dans le coma.
J’étais la seule à pouvoir le faire mais j’avais aussi perdu connaissance. Tout l’hôpital ne comprit pas ce qui venait de se passer… L’intervention
était reportée, voire annulée.
Je ne pouvais pas le croire.
Jacqui me dit
— Oh seigneur, tant de morts autour de nous.
— Les gens meurent tous les jours Jacqui.
Elle soupira.
— J’ai vu maman, dans un rêve.
Je ne savais pas pourquoi je lui racontais tout ceci
— Je te l’avais bien dit Mado, les morts ne sont pas morts
— C’est faux. Ils sont bien morts et enterrés. Arrêtez cette sottise qu’on
vous enfonce dans le crâne dans l’espoir de vous abrutir.
Je ne savais même pas de quoi je parlais et pourquoi j’étais en colère
contre elle.
Elle ne me facilitait pas la tâche.
Il fût annoncé que je devais libérer ma chambre. Je pouvais rentrer chez
moi.
Non, je ne voulais pas rentrer. Pas avec ce monstre encore en moi. Je
devais me débarrasser de lui.
Roger avait pris toutes les dispositions. Je ne sais pas ce qu’il avait raconté
à mon père, je ne voulais même pas le savoir.
J’avais désormais une idée fixe en tête : Faire partir le monstre.
La conversation avec ma mère me revint. J’essayais de me convaincre que
tout ceci n’était qu’un rêve. J’avais rêvé. Ma mère était morte. Je savais où on l’avait enterrée.

Je devais quitter l’hôpital très tôt le lendemain. Je me préparais pour la nuit. J’avais déjà décidé de Chercher un autre médecin. J’allais payer le prix fort pour qu’il accepte le travail.
J’avais la couverture sur ma tête lorsque tout à coup, je sentis une chose inconnue. Quelque chose n’allait pas.
Je rejetai la couverture.
— Qu’est-ce que…
Je n’avais pas terminé ma phrase.
Je me vis tirée au fond du lit.
Ça me prit quelques secondes.
—— Mais…
Les yeux écarquillés, je ne pouvais pas le croire.
En face de moi, sous ce lit d’hôpital, il me fixait. Le monstre était là. Il
avait apparence et figure humaine. C’était un bébé
— Mado, tu ferais mieux de te concentrer à tes projets. Les prochains
mois ne te concernent pas. Je viendrais au monde avec ou sans ton autorisation. La prochaine tentative pourrait non seulement coûter la vie au médecin mais à ta sœur et à ton père. Penses-y. Tu iras chercher le couteau avec lequel ta mère a été enterrée. Je te dirai quoi faire avec plus tard.
Passe une belle nuit “maman”.
Il avait disparu.
Je me retrouvais sur le lit.
Tout ceci n’avait pas pris cinq minutes. Je me mis à trembler.
Ma mère, j’avais besoin de ma mère
— Maman, j’ai besoin de toi s’il te plaît. Sauve-moi! Allait-elle m’écouter ? J’étais perdue.
Je devais parler à quelqu’un : Jacqui !
Je pris le téléphone pour l’appeler.

Je n’allais pas tout lui raconter mais il y’avait des choses qu’elle devait savoir.
Malgré l’heure tardive, je devais lui dire directement des choses. Sans entrer dans les détails, je pouvais lui faire comprendre qu’elle devait m’aider.
Lorsque Jacqui décrocha, elle dit aussitôt
— Mado, que se passe-t-il ? Pourquoi appelles-tu si tard ?
Je voulus parler. J’ouvris la bouche. Aucun son ne put être émis. Je voulus
lui dire ce qui se passait.
Mais c’était impossible. Je n’arrivais plus à parler. Je n’arrivais plus à prononcer un mot
— Mado… Mado… ça va ?
Jacqui hurlait au téléphone.
Je ne pouvais pas lui répondre.
Je lâchai le téléphone en poussant un cri silencieux. J’avais perdu l’usage de la parole.
J’étais devenue muette !….
????????Ah là…! Affaire là devient sérieux..
en Nouciiiiii, on dit « c’est Djinzin☺️☺️ »

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