Je dormais dans un cimetière: Mon Univers

Chapitre 1 : mon univers

Tout ce que j’ai jamais voulu était une vie heureuse et pleine d’argent ! Issue d’une famille pauvre, je voulais me mettre à l’abri du besoin.
J’avais huit ans lorsque j’ai compris que nous ne vivions pas comme les
autres.
Mon père était un pauvre maçon qui peinait à joindre les deux bouts et ma
mère, une femme de ménage qui n’était pas rémunérée à la hauteur de son
travail.
Je me souviens, mon père disant à ma mère:
— Marthe, tu n’as pas été payée depuis cinq mois, pourquoi continues-tu
ce travail ?
Et ma mère répliquait:
— Si j’arrête tout, comment allons-nous nous nourrir ? Dis-moi ! Si tu as une solution, tu ferais mieux de me la présenter.
Oui, pour nous permettre d’avoir du repas chaud sur la table, ma mère puisait chez ses employeurs.
Elle rapportait à la maison les restes de repas.
Certains jours, c’était des mets européens. Ces jours-là, c’était la fête à la maison.
Mes sœurs et moi nous gavions de nourriture, toutes heureuses. Nous étions cinq, rien que des filles.
Nous vivions dans une maison minuscule qui comptait trois pièces. Mes sœurs et moi nous entassions dans une seule pièce.
Nous vivions les uns sur les autres.
La toilette et la cuisine étaient à l’extérieur.
Je ne sais pas si ça serait honnête de lui donner le nom toilette. Ce n’était que deux planches posées au-dessus d’un grand trou.

Pour se soulager, il fallait se rassurer que l’eau n’était pas remontée la veille, sinon, elle vous pénétrait directement dans les parties intimes. C’était inconfortable.
Nous vivions ainsi.
Je n’avais pas connu une autre vie et pourtant, je rêvais.
Je rêvais certaines nuits, assise sur mon maigre lit, avec son matelas qui
laissait dessiner nos côtes, les yeux levés.
Je me demandais si ma vie aurait été différente si j’avais été conçue dans une famille riche.
Je m’imaginais des choses. Je me racontais des histoires à moi-même.
Je mettais sur pieds des scénarios invraisemblables. Je me disais qu’il n’ya
pas de mal à rêver. J’étais différente.
Lorsque j’eus quinze ans, les choses commencèrent à changer pour moi. Ma vie n’avait pas évolué d’un iota.
Nous étions toujours autant pauvres.
Mes parents n’avaient pas évolué.
Notre maison restait la même
Et moi, je touchais du doigt cette pauvreté dans laquelle j’étais plongée malgré moi intrinsèquement.
J’en voulais à mes parents de m’avoir mise au monde dans des conditions de vie si précaires.
Ils auraient pu donner la chance à un autre couple de me mettre au monde, me disais-je naïvement.
Tout ce que je voulais était de quitter cet environnement qui puait la pauvreté et rapidement.
J’avais été dotée de meilleurs atouts physiques à ma naissance. J’étais belle, grande avec de longues jambes
On ne cessait de me dire

— Mado, pourquoi n’es-tu pas mannequin ?
C’était impossible dans les conditions dans lesquelles j’évoluais. Qui viendra me retirer de mon trou?
Même le lycée où nous allions était celui des pauvres.
Nous étions des compagnons de la même galère.
Nous n’étions rien.
Je n’avais pas baissé les bras.
J’accompagnais souvent ma mère faire le ménage.
J’en profitais pour voler quelques babioles.
Ce n’était rien pour eux, mais tout pour moi.
Ils ne pouvaient même pas s’en rendre compte.
Je revendais ce que je volais. Je gardais cet argent.
Je volais même les vêtements, surtout s’ils étaient à ma taille.
Ma mère commença à soupçonner quelque chose.
Elle m’appela, toute retournée
— Mado, arrête ce que tu fais s’il te plaît
— De quoi parles-tu maman ?
— Tu comprends, je comprends, arrête.
Ma mère ne voulait pas mettre le doigt sur le problème. Elle refusait
d’appeler un chat, chat. En fait, je compris plus tard qu’elle voulait se voiler la face. Elle n’aimait pas ce qu’elle voyait en moi. Son intuition de mère ne la trompait pas. Mais elle avait peur de dire les choses telles qu’elles étaient.
— Tu me traites de voleuse maman, c’est ça ?
— Je n’ai rien dit de tel. C’est toi qui le dis.
Ma mère était incroyable. Elle était naïve et croyait sincèrement que le
monde était fait pour les peureux.
Je n’avais pas une bonne relation avec mes sœurs. Je les trouvais toutes
fades. J’étais la plus belle et la plus ambitieuse.

Toutes ne rêvaient qu’au jour où elles allaient s’unir au pauvre pousseur du coin.
Je ne comprenais pas comment j’avais pu atterrir dans cette famille. À l’école, j’étais un élève moyen.
Je n’étais pas excellente mais je n’étais pas faible.
J’étais plus futée.
Je parvenais à mes fins grâce à certaines astuces.
Par exemple, j’avais laissé le professeur de sciences voir mon slip et il
m’avait montré toute l’épreuve.
J’étais comme une maladie opportuniste.
Rien ne m’échappait.
J’ai grandi avec cet état d’esprit de conquête permanente.
J’étais prête à tout pour réussir, même à vendre mon âme au diable s’il le
fallait.
Je savais que je pouvais me servir de mon intelligence pour mettre sur
pieds plusieurs projets… C’est ce que j’ai commencé à faire à seize ans.
J’ai investi mon argent dans la vente des vêtements en ligne.
Ça n’a pas marché mais j’avais essayé.
Ma mère n’avait plus voulu m’emmener avec elle chez ses employeurs. Je devais trouver un autre moyen de gagner de l’argent.
Mon père vivait dans son monde à lui. Pauvre devant l’éternel, il passait ses journées à maudire ses ancêtres comme si ces derniers allaient travailler pour
lui.
Cette année-là, ma sœur aînée se maria. Bien entendu, à un pauvre comme
nous.
Je me demandais bien ce qu’elle pouvait lui trouver.
C’était sa façon à elle de fuir la maison et de se faire sa petite vie. J’avais
pitié d’elle mais j’étais contente pour l’espace qu’elle allait libérer.

Ça me faisait une personne de moins sur laquelle j’allais tomber à la maison.
Le mariage fût organisé par les deux familles. Il n’était pas question de fête, nous n’avions pas cet argent.
Le terme intimité familiale sera utilisé pour enjoliver les choses. J’aurais pu choisir : Pauvreté familiale.
Je ne souhaitais pas du malheur à ma sœur, mais j’espérais qu’elle allait mourir pauvre comme ses parents avant elle.
Je n’allais pas hériter de cette malédiction. J’eus mon baccalauréat à dix-huit ans. J’avais déjà en tête ce que je ferais.
Je ne pouvais pas aller à l’Université. Mon père m’avait dit
— Mado, je ne peux pas t’envoyer à l’Université. Je n’ai pas assez d’argent.
— Ça ne fait rien papa, ça ira. Lui Ai-je répondu.
Intérieurement, je bouillais.
J’avais mal et la rage entravait tout mon jugement.
J’ai commencé à réfléchir au moyen le plus rapide d’avancer. Comment
allais-je faire pour m’en sortir ?
Quelle porte allais-je pousser ?
Je n’avais même pas d’amis de la haute classe. Comment pénétrer cette
sphère sans avoir une porte d’entrée?
J’allais avoir la solution inattendue.
Comme si le destin me tendait une perche, je fis la connaissance d’une
jeune fille sur les réseaux sociaux.
Elle s’appelait Sonia. Elle devait avoir un ou deux ans de plus que moi.
Je passais des heures sur les réseaux sociaux avec le téléphone que j’avais
volé à un élève au lycée.

J’investissais le peu de sous qui me restait à la connexion.
Sonia était belle, coquette et apparemment issue d’un milieu aisé. Contrairement à moi, elle n’avait jamais connu la misère.
Nous étions dans un groupe de femmes.
Je me mis à la flatter sous chaque post.
Je regardais habituellement la photo de profil des abonnés. Lorsqu’elle me
semblait intéressante, j’entrais fouiller sur le mur du propriétaire toutes les photos, les endroits que cette personne visitait, qui elle fréquentait et avec qui
elle était amie. Ça ne reflétait pas toujours la réalité mais neuf fois sur dix, c’était de vrais profils.
J’avais vérifié et Sonia était une cible parfaite.
Elle fit une annonce un jour, disant qu’elle avait besoin d’hôtesse pour une soirée chez elle.
Ça y est ! Me suis-je dit. C’était le signe que j’attendais.
J’ai écrit à Sonia, lui vantant mes qualités d’hôtesse. Chose que je n’avais jamais faite auparavant.
J’ai menti à Sonia. J’ai fabriqué une autre vie montée de toutes pièces.
Je lui ai dit que mes parents étaient tous les deux décédés, à leur mort, un oncle s’était accaparé de la fortune familiale et depuis, je devais me battre pour vivre.
Elle a été attendrie par mon histoire. Elle m’a donné le travail.
J’avais réussi.
La soirée rassemblait le gratin de la société.
Des hommes et femmes bien mis bavardaient entre eux en riant.
Ils n’étaient pas conscients que là dehors, il existait des pauvres.
Il existait ces personnes qui n’avaient pas de quoi manger.
Les colliers de certaines femmes pouvaient à eux seuls nourrir une grande
famille pour une année.

Ils étaient à l’abri du besoin… C’était l’évidence même. Ils étaient insouciants.
C’est cette société que je voulais pénétrer.
J’avais besoin de ma part de richesse.
Je n’étais pas née pour souffrir. J’allais obtenir ma part du gâteau. Qu’avaient-ils fait pour mériter tout ça ? Rien !
Je pouvais me frayer un chemin.
J’étais à l’aise et bien dans ma peau.
Les vêtements étaient fournis par Sonia.
Elle s’était écriée à ma vue
— Mado, tu es si belle et grande !
La petite robe mettait en valeur mes longues jambes fuselées.
Oui, j’étais belle. Je le savais mais ce n’était pas important pour moi. Je
voulais être riche !
Tout se déroulait bien.
Mon rôle était simple, accueillir les invités et les présenter où se tenir. Ceci paraissait banal mais je me sentais comme un poisson dans l’eau. Je me comportais comme si j’avais toujours été là.
Je souriais de toutes mes dents blanches.
Je regardais tout le monde autour de moi.
J’évaluais chaque vêtement, chaque coiffure. J’avais déjà divisé l’assemblée en trois groupes.
Le premier groupe était celui de ceux qui étaient nés avec une cuillère en or dans la bouche. Ces gens se sentaient infaillibles. Ils n’étaient pas conscients que la mort existait. La tête haute, ils évoluaient en terrain conquis.
Le second groupe était celui des nouveaux riches, ceux-là étaient facilement reconnaissables. Ils étaient encore surpris d’être là. Ils s’accrochaient à leur verre comme s’ils avaient peur d’être mis dehors.

Le dernier groupe et le plus intéressant était celui des riches parvenus. Ceux-ci croyaient avoir de l’argent mais étaient surpris de découvrir plus riches qu’eux.
Ils ouvraient des yeux comme des soucoupes et étaient même prêts à voler l’argenterie si on les laissait faire !
J’observais tout ce beau monde, très amusée.
J’allais créer mon groupe à moi seule. Telle fût ma décision !
Il se faisait tard. J’ai jeté un coup d’œil à la montre en plastique que je
portais au bras.
J’avais dit à Sonia qu’elle m’avait coûté près d’un million de francs CFA
avant la mort de mon père. Elle s’était écriée
— Wow… tu l’as eue à un bon prix. La mienne, papa l’a achetée deux fois plus.
J’avais grincé les dents.
Cette montre ne m’avait pas coûté 2.000 FCFA. Si elle savait!
Calquer sur l’original était mon boulot.
Les gens ne voient que ce qu’on leur montre !
Il était minuit et je commençais à m’ennuyer.
Je me demandais bien à quoi servait une soirée pareille.
Même Sonia était invisible.
Elle était probablement avec son groupe d’amis snob que j’avais aperçus.
Je me suis assise un peu plus loin. Je me massais les pieds en réfléchissant à la prochaine étape. Il était hors de question que je sorte de là sans une carte de visite.
Une voix m’a fait sursauter
— De si jolies jambes ont besoin de soins uniques !. J’ai levé la tête.

C’était un homme à la grosse bedaine. Il donnait l’impression d’avoir avalé tout le repas de la soirée.
J’ai esquissé un sourire pâle
— Excusez-moi monsieur, je prenais quelques secondes de pause !
Il a levé la main
— Mais non, ne te dérange pas pour moi. J’apprécie le spectacle. Tu peux
prendre ton temps. Je t’ai remarquée, La belle hôtesse. La soirée a été difficile ? J’imagine que ce n’est pas facile comme métier ? Sonia m’a parlé de toi. Perdre
ses parents doit être difficile !
J’ai ouvert les yeux. Qui était cet homme qui semblait tout savoir sur moi
? Il ne restait plus qu’il me donne la taille de mon soutien-gorge.
— Je suis Roger… le père de Sonia !
J’ai secoué la tête.
Il existe sûrement un Dieu.
À suivre..????????✍️✍️✍️

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