Je dormais dans un cimetière 15: Enterrement,Foi,Combat

Chaque motte de terre qui me touchait me faisait tressaillir. Non… non… ceci devait s’arrêter.
Je hurlais.
— Tu n’as pas le droit Roger !
Il était là, en sueur, essayant de me recouvrir de la terre.
Il était arrivé après le départ de Jacqui. J’avais compris que quelque chose
n’allait pas. Je m’étais précipitée où mon corps reposait pour constater que Roger était entrain de planifier mon enterrement.
Il était accompagné de son chauffeur.
Il donna l’ordre à l’homme de creuser.
Il s’y était également mis. Je n’arrivais pas à y croire. Je n’y avais pas pensé.
Que devais-je faire?
— Maman, il est entrain de m’enterrer. S’il te plaît faisons quelque chose. — Calme-toi Mado, nous devons réfléchir. La seule solution serait que tu
réintègres rapidement ton corps.
— Il n y a plus le temps de réfléchir maman. S’il parvient à le faire, je
serais condamnée à jamais. Tu le sais ça. Comment revenir ? J’étais hystérique et ma mère essayait de me calmer.
Jacqui était encore au cimetière.
Je ne savais pas comment lui faire comprendre que quelque chose n’allait pas. Je ne pouvais pas communiquer avec Sonia…
Au moment où je me dis que tout était perdu, mon père apparut.
— Oui papa, chasse le!
Je vis mon père sortir son téléphone. Il devait être entrain de joindre
quelqu’un.

Et ensuite, une discussion animée s’engagea avec Roger.
Mon père lui faisait signe de s’en aller.
— Vous n’avez pas le droit d’enterrer ma fille, qui êtes-vous ?
Roger s’épongea le front. Les yeux injectés de sang, il faisait face à mon
père.
Le chauffeur s’était arrêté pour les écouter.
— Continue… jeta-t-il à son chauffeur.
— Non… arrêtez cria mon père à l’adresse du chauffeur.
Ce dernier, embarrassé ne sut plus quoi faire.
Roger se bomba le torse.
— C’est moi qui ai fait Mado. C’est grâce à moi qu’elle a vécu avec tant
d’argent. Vous dites être son père, que lui avez-vous donné sinon cette pauvreté malsaine. Vous n’êtes rien. J’ai de l’argent à ne plus en faire. La police est sous ma botte. Je paye tous les hommes en tenue de cette ville. Si vous ne voulez pas les problèmes, reculez, je dois travailler. Peut-être pourrais-je vous offrir quelques millions à la fin si vous êtes sage !
Mon père hébété regarda Roger.
J’étais scandalisée par tout ce que je venais d’entendre.
— Mado était ma fille. Je suis son père. Vous n’avez aucun droit.
Roger se mit à rire.
— Que pouvez-vous faire ? Brailler est la seule chose que vous soyez
capable de faire actuellement.
Dégagez et laissez-nous travailler.
Mon père fit un pas en arrière et se mit à hurler.
Il voulait sûrement donner l’alerte.
— Fais le taire cria Roger à l’adresse de son chauffeur. S’en était trop pour moi.
—Maman!!!
Ma mère n’était plus à mes côtés.

Que se passait-il encore ? Jacqui courait.
Elle n’aurait pas dû laisser sa sœur sans surveillance. Elle s’en voulait tellement. Si Roger arrivait au bout de son dessein, elle allait s’en vouloir toute sa vie.
Sonia lui avait dit ce qu’il fallait faire exactement.
— Où est ce satané crâne et qu’a-t-il de particulier ? Je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’un crâne peut avoir de si important !
Sonia avait soupiré.
— Tu ne peux pas comprendre. Seuls les hommes de la nuit pourront. Ce crâne permettra à Mado de réintégrer son corps. En fait, c’est la seule solution.
Jacqui avait secoué la tête.
— Quoi !
— Il te suffira de le jeter sur son corps en priant. Ton cœur doit être pur.
Tu dois croire fermement que c’est possible. Sinon, rien n’arrivera. Si tu as la force et le courage d’affronter Roger, tu réussiras. Le crâne est la clé !
Sonia allait trop vite pour elle. Jacqui ne comprenait plus rien. Elle était déjà passée par tant d’événements incroyables. Que dire ?
Elle était prête à croire en tout actuellement.
Même le retour du messi ne l’aurait plus surprise.
— Vas-y. Et sort de ce cimetière sans regarder derrière toi ! Ajouta Sonia —Pourquoi?
— As-tu besoin de demander le pourquoi ? Je croyais que tu avais
compris depuis longtemps que tout ne s’explique pas. Jacqui ferma les yeux.
— Que faire actuellement ? Et comment y arriver ?
— Ce que je viens de dire. Réveiller Mado !
Jacqui ne savait pas si elle allait arriver à temps.
Elle avait eu recours à un moyen de transport plus rapide.

— Faites vite s’il vous plaît, c’est une question de vie ou de mort. Dit-elle au conducteur.
Le vent qui soufflait empêchait à ce dernier de mieux l’écouter. Elle dut répéter plusieurs fois sa doléance.
Elle regardait devant elle, le regard froid. À cette heure de la nuit, il lui aurait été quasi impossible de trouver un moyen de locomotion. Heureusement, Sonia l’avait rassurée.
— Tu seras au village bientôt.
— Mais comment ?
— Je m’en occupe. Attend moi cinq minutes.
— Mais je n’ai pas cinq minutes !
Sonia était déjà partie en lui demandant d’attendre à l’entrée du cimetière. Une moto était apparue, Sonia souriait au conducteur.
— Emmène-la s’il te plaît.
Sans chercher à comprendre, Jacqui avait pris place.
Soudain, Sonia avait agrippé son bras.
— N’oublie pas notre marché. Tiens, c’est pour toi.
Je viendrais.
Surprise, Jacqui avait failli s’évanouir en voyant un crâne apparaître entre
ses mains. Elle ne comprenait pas.
— Vas-y. Les autres comprendront. Qui étaient les autres ?
Pour le moment, elle voulait sauver sa sœur… Le crâne serré entre ses cuisses, elle priait.
Seul le secours de celui-là très haut pouvait l’aider. Lorsqu’on croit avoir atteint des limites insoupçonnables, lorsqu’on pense n’être plus capable de rien, il se lève et réagit. Pour lui, rien n’est impossible.
C’était sa seule voie.

Elle murmurait. Elle récitait des paroles bibliques qu’elle avait retenues par cœur.
La moto freina d’un seul coup.
Sa tête heurta le dos du conducteur.
— Mais…
Il lui lançait.
— Vous pouvez partir. Je ne peux pas continuer.
Jacqui ouvrit les yeux. Pourquoi ne pouvait-il plus continuer ?
Elle descendit en fouillant son sac. Il fallait le payer.
Mais déjà, il avait démarré et était reparti sur un vrombissement de moteur.
— Mais…
Il avait disparu. Jacqui crut avoir rêvé. Elle se frotta les yeux.
Elle devait courir.
Roger avait repris sa tâche. Il avait pu faire taire le père de Mado. Ce dernier gisait inconscient au pied de la tombe.
Roger avait été obligé de lui asséner un grand coup de pelle à la nuque.
— Je n’ai pas le choix. Quiconque se dresse devant mon chemin doit être éliminé.
Il avait choisi Mado pour un but précis.
Contrairement aux apparences, être membre d’un cercle n’était pas toujours une partie de plaisir.
Il fallait à chaque fois chercher des moyens pour se maintenir au sommet… on
n’était pas à l’abri des coups bas des autres membres.
Il avait rejoint la loge près de vingt-cinq ans plus tôt.
À l’époque, il avait besoin d’argent pour lancer son petit commerce. Un homme l’avait approché en lui disant.
— Je peux t’aider ! Naïf, il avait accepté.

Il avait pris son argent en croyant que c’était un prêt. Les affaires marchaient bien. Il était revenu remettre à l’homme ce qu’il lui devait.
Ce dernier avait secoué la tête.
— Non… je n’ai pas besoin d’argent. Ce n’est pas important.
Roger n’avait pas compris. Il voulut insister mais l’homme lui fit
comprendre qu’il avait une chose plus importante à lui remettre: Sa mère. En échange, il allait recevoir plus d’argent.
Roger prit un jour pour réfléchir.
Sa mère était vieille et ne servait pratiquement plus à rien.
Elle avait déjà vécu le meilleur de sa vie.
Sans scrupules, il avait accepté le marché. Que valait la vie de sa mère face à des millions de FCFA ?
Il était un homme ambitieux et prêt à tout pour devenir riche. Il regardait ces hommes rouler dans de grosses voitures et se disaient que ça pouvait être lui.
Il le devint.
Très rapidement, son argent commença à poser des interrogations. À chaque fois, il disait la même chose : C’était un héritage familial.
On ne lui avait plus rien demandé en contrepartie depuis le décès de sa mère.
Il vivait ainsi, insouciant dans une richesse insolente.
La réalité allait vite le rattraper lorsque vint le moment de donner sa fille.
— Tu as eu des années pour jouir de ton argent. L’énergie apportée par ta
mère diminue, nous voulons ta fille.
Pris dans cet engrenage, il ne pouvait plus se dérober.
Tout y passa
Ses deux enfants et presque son épouse qui prit le temps de s’échapper.

Il lui restait une fille à sacrifier, la petite Sonia. Il se demandait s’il allait pouvoir le faire.
Sonia était particulière. Elle avait commencé à croire en un Dieu invisible et passait le temps à lire la bible.
L’avoir ne fût pas facile mais il parvint à ses fins. Il croyait que ça allait être se faire sans anicroche.
Sonia se mit à le hanter.
Il confisqua son crâne pour l’empêcher de l’approcher.
Il ne devait pas seulement lutter contre Sonia.
Il devait aussi se battre contre les membres de son propre clan.
Pour devenir le leader de sa branche, il avait une seule chose à faire :
Éliminer celui qui l’avait fait entrer dans le cercle.
Il signa un pacte avec le monstre.
Le monstre lui livrera son chef, en échange, Roger devait trouver l’utérus
d’une vierge qui lui permettra d’établir ses tentacules sur la terre.
La mort du chef ne suffisait pas. Roger allait conserver son crâne dans une tombe durant vingt ans. Ce crâne allait passer des nuits entre les cuisses d’une
vierge plusieurs fois par an.
Ce que le monstre ne lui avait pas dit était que ce crâne pouvait être utilisé
contre lui et le tuer.
Roger le sut trop tard.
Il n’était plus question de reculer mais d’avancer.
Le temps passait. Le monstre le pressait.
Il lui fallait une solution.
Il tomba sur Mado.
C’était le signe du ciel. C’était la preuve qu’il était sur la bonne voie.
Mado était une jeune fille avide d’argent. Il n’eut aucun mal à l’enrôler.
Elle gâcha tout en voulant reculer. Il n’était pas question qu’elle fasse
foirer le plan mis en place.

Il ne pouvait pas la laisser gâcher les années de sacrifices et de travail.
Et surtout, Sonia était encore là.
Sa fille avait cru naïvement qu’en l’aidant, il allait remettre son crâne.
C’était mal le connaître.
Sonia ne pouvait rien contre lui.
Son plus grand ennemi était le crâne dont il était le gardien. Il avait rempli sa part de marché.
Il secoua la tête. Mado n’aurait pas dû désobéir. Elle avait tout. Il l’avait sortie de la misère, comment-osait elle se liguer contre lui? Elle était ingrate. Il n’avait plus le choix, il devait la bloquer pour toujours de l’autre côté. Il n’était plus question qu’elle revienne. Elle avait éliminé l’enfant du monstre. Il était hors de question de la laisser revenir pour commettre plus de dégâts.
Il tenait à sa vie.
Il lâcha sa pelle lorsqu’une voix cria derrière lui.
— Si j’étais à votre place, je m’arrêterai.
Roger se retourna doucement. C’était Jacqui. La sœur sans saveur de Mado.
Curieusement, il l’avait toujours vue comme une personne inoffensive. Il aurait dû se méfier d’elle.
— Jacqui ? Je te conseille d’aller attendre à l’intérieur. — Quittez cette tombe et rentrez chez vous!
C’était un ordre.
Le chauffeur s’était arrêté.
— Jacqui, on peut s’entendre. J’ai l’argent. Beaucoup d’argent. Tu auras de
belles maisons, de belles voitures. Tu auras la possibilité de voyager dans le monde entier. Tu seras reconnue partout et aimée.
Jacqui secoua la tête.

— Tout ce que vous citez sont des biens terrestres. Où se trouvera mon âme ?
—Pardon ?
— Vous ne pouvez pas comprendre car vous avez vendu le vôtre au diable.
Dieu miséricordieux, toi qui nous guide et nous met sur le droit chemin, voici venu le moment de donner à ta servante la force de combattre.
Jacqui criait. Elle avait commencé la prière.
Sa voix portait.
Le chauffeur sortit de la tombe en courant. Il hurlait comme s’il avait le feu aux fesses.
Roger, figé observait la scène d’un air perdu.
Jacqui s’approcha de la tombe et jeta le crâne sur le corps de Mado.
Une espèce de fumée envahit la nuit noire.
Roger se mit à hurler.
— Non… non… non…
Il se faisait tard, le crâne s’était écrasé avec un bruit sourd sur la poitrine
de Mado qui n’était pas encore recouverte.
Jacqui priait toujours, les mains levées au ciel. Elle avait la foi. Elle savait
que sa sœur allait revenir. Elle savait que ça allait se faire. C’était une scène surréaliste digne des studios de Marvel. Une réalité qui se mêlait à la fiction.
Une réalité vraie qui allait être contée.
Les cris de Roger furent stoppés par ce corps qui se dressa soudain en toussant.
— Me Voici !
C’était Mado.
Elle s’était levée, tenant les bords de sa tombe, elle fixait Roger. — Bonsoir Roger !

L’histoire venait de commencer.
Je suis Mado et ceci est l’histoire réelle de ma vie.
Je suis revenue pour Roger. Il ne peut pas s’échapper…..????????????????
À suivre…
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