Je dormais dans un cimetière 13: Ténèbres,Revenante

Chapitre 13 : ténèbres , revenante

Ils disent que le temps dure pour l’éternité. Ils disent que ce n’est pas le temps qui s’en va.
Ils disent que notre ennemi c’est nous-mêmes. Mais ils ne disent pas tout.
Je voyais la situation m’échapper tout doucement. Je voyais le temps m’échapper.
Le temps était pourtant entrain de devenir mon meilleur ennemi. Comment allais-je pouvoir réussir la prouesse de rester en vie dans les ténèbres. Jacqui ne lâchait rien.
Elle était entrain d’éplucher jusqu’à la moindre virgule mon journal. Elle était perdue mais elle voulait comprendre.
Ils avaient accéléré le processus de décomposition du corps pour les obliger à m’enterrer.
Jacqui ne s’était pas laissée faire. Elle dit à notre père.
— Nous devons la mettre dans un tronc de bananier avec des glaçons à changer toute les heures.
— Mais ma fille, regarde ce corps. Il est devenu méconnaissable. Personne ne veut plus approcher la concession.
— Ils ne nous manqueront pas papa. De toutes les façons, ils sont venus
se moquer de nous.
Mon autre sœur prit la parole.
— Jacqui, les circonstances de la mort de Mado sont troubles. Ne crois-tu
pas qu’on devrait se débarrasser de son corps une bonne fois pour toute ? Regarde comment les mouches nous rendent visite. Ce n’est pas sain, ni pour elle, ni pour nous. Laissons la reposer en paix s’il te plaît.

— Mado ne reposera jamais en paix si les circonstances de sa mort ne sont pas élucidées.
— Que veux-tu dire ? Intervint mon père. Possèdes-tu des informations que nous ignorons ?
Jacquie hésita une seconde.
— Non papa!
— Mais…
— Papa, donne-moi deux jours pour tout résoudre. Si après ça, je n’ai pas
trouvé une solution, on pourra l’enterrer.
— Deux jours ! Mais où allons-nous rester durant ces deux jours ?
— Nous allons faire comme je lui ai dit. La conservation du corps se
pratiquait déjà avant la nouvelle technologie. Nous allons y aller avec l’ancien système !
Mon père secoua la tête.
— Pas lorsque tout est déjà en décomposition.
Jacqui se leva d’un bond brusque et fit face à toute la famille qui
l’observait.
Elle était en colère.
Je voulais l’aider
Je voulais intervenir mais ce n’était pas possible.
J’avais envie de leur dire: Je ne suis pas morte. Me voici… Je vais rester bloquée ici à jamais si vous me mettez sous terre !
J’avais envie de m’exprimer. Au lieu de ça, je devais écouter ma sœur me protéger
— Vous ne pouvez pas avoir si vite envie de vous débarrasser de Mado. C’était notre sœur. Je l’aurais gardée là si ça avait été possible. Mais hélas, il faut bien se faire une raison. Pourquoi avez-vous envie de vous débarrasser si vite d’elle ? Rentrez en ville si vous le désirez. Je resterai veiller sur ma sœur !

Je compris à cet instant que si je parvenais à revenir, je devrais la vie à Jacqui.
La nuit était tombée. Je levai la tête. Ma mère n’était plus à mes côtés. Elle était allée se reposer.
Elle m’avait dit que nous pouvions passer les trois premiers jours sans dormir. Que j’allais m’assoupir le jour où ils me recouvriront de la terre.
Ce jour-là, je serai enfin morte.
— Lorsqu’on meurt Mado, on ne s’en va pas tout de suite. C’est lorsque la
terre recouvre le cercueil que nous comprenons qu’il est impossible de revenir en arrière. Nous pouvons alors nous en aller !
Je ne comprenais pas tout ce charabia.
Je me sentais bien vivante mais je me voyais couchée dans ce tronc de bananier fabriqué par Jacqui !
Je savais que la vie battait encore en moi.
En me débarrassant du monstre, j’avais cru fermer toutes les pages mais apparemment j’en avais ouvert d’autres. Ce n’était pas encore terminé.
Toute cette aventure qui vous paraîtra paranormale était bien réelle. Cette histoire est la mienne.
Je devais revenir des ténèbres pour enfin témoigner.
Toute la journée, ma mère m’avait fait découvrir ce pan sombre que plusieurs d’entre vous ne connaîtront jamais.
J’avais découvert ce que seuls les morts étaient à même de voir.
Ma mère m’avait présenté ce monsieur qu’on venait d’inhumer à quelques pas du village. J’avais hésité avant d’y aller.
— Non maman, je dois rester ici garder mon corps. Ils ne doivent pas m’enterrer. il faut que je revienne pour tout arranger.
Elle m’avait rassurée.
— Pour ce soir, tu es tranquille. Jacqui s’occupe de tout. Personne ne te mettra sous la terre.

— Et si Roger venait avec ses gens le faire avec la force ? — Tu ne connais pas ta sœur. Ils devront la tuer avant
— Maman !
— Jacqui sait quoi faire Mado !
Oui, j’avais confiance en ma sœur. Je suivis ma mère, hésitante.
Elle avait des choses à me faire découvrir.
— Lorsque tu regagneras le monde des vivants, n’oublie pas ce que tu as
vu et entendu. N’oublie pas de rejoindre le côté du bien. N’oublie pas que l’humain a plus besoin de lumière que d’obscurité. N’oublie pas que tu peux changer le monde à ton niveau Mado.
Je ne répondis pas. Elle avait dit : Lorsque. Elle n’avait pas dit : Si
Elle y croyait et moi aussi désormais.
Ma mère me présenta la famille autour du corps qui devait rejoindre la terre.
— Mais où est-il maman ? Je croyais qu’il devait être autour de son cercueil !
— Tu ne le vois pas parce qu’il n’est pas encore mort.
— Que veux-tu dire ?
— Ils sont là, parmi tout ce monde. Les agents de l’ombre. Ils attendent
que tout le monde reparte pour le déterrer. Ils l’ont assommé et l’ont fait passer
pour mort. En réalité, cet homme n’est pas mort. Il le sera dans le monde des vivants bientôt. Observe et Tais-toi.
C’est ce que je fis.
Après l’inhumation, la famille s’en alla… Tout était calme. Trois heures plus tard, je vis certains hommes qui avaient assisté à la messe s’avancer vers la tombe.
Ils étaient quatre.

Ils se mirent à réciter des incantations magiques. Soudain, comme dans un film de science-fiction, je vis la tombe s’ouvrir et le mort sortir. Un homme qui était tenu à l’écart vint lui donner un grand coup au dos. Le mort ouvrit les yeux et se mit à marcher.
— Maman ?
Je ne comprenais rien.
— Il est désormais une machine. Ils l’amèneront travailler loin d’ici
jusqu’à sa mort programmée.
C’était insensé. Allais-je croire à ceci ?
Je l’avais vécu en direct.
— Oh mon Dieu !
— Oui, lui seul peut nous sauver. L’humain a tout abandonné au profit de
la richesse.
— Maman, pourquoi ils ne nous voient pas ?
— Parce que nous ne sommes pas dans les mêmes loges. Ils ne peuvent
pas sentir notre présence. Allons-nous-en. Ça nous fait un zombie de plus dans la ville.
Ce que je venais de découvrir changeait peu à peu ma perception du Monde.
Morte, je devenais plus consciente.
Jacqui se mit à tourner sur elle-même. Elle avait pu récupérer le sac de Mado où elle avait retrouvé une bible qu’elle reconnaissait et un autre livre
bizarre.
À côté de tout ceci, Mado avait laissé de petites notes.
Elle était surprise de découvrir que Mado lisait la bible.
Plus encore lorsqu’elle se mit à déchiffrer les notes laissées dans le journal.
Elle ouvrit une page au hasard et tomba sur un paragraphe.
” L’argent nous procure un sentiment de félicité extraordinaire. Aujourd’hui, Roger m’a remis cinq millions pour mes courses. J’étais contente.

Mais après être allée au cimetière ce soir, j’ai compris que je n’étais pas heureuse. C’est un leurre.
Mon bonheur est une illusion. J’ai envie d’abandonner mais c’est impossible. Qui m’offrira toutes ces belles choses ? Que dirais-je à mes amis qui m’envient et veulent être comme moi ? Je dois confier un secret à Firmin. Il saura le garder. Non, je ne peux pas. Il faut que je parle à Jacqui. Elle ne comprendra pas aussi. Elle est si parfaite et elle ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
Le crâne m’attend. Je dois y aller encore une fois.
Je déteste ce cimetière.”
Jacqui ferma le journal d’un coup sec et se leva. La nuit était tombée
depuis longtemps.
Elle savait qu’elle allait devoir laisser qu’on enterre sa sœur mais elle refusait d’abandonner.
Elle devait retrouver ce crâne… mais comment ? Par où commencer ?
Si Roger était venu la menacer, il était capable de pire. Elle avait peur qu’il n’utilise des voies mystiques mais elle était prête.
Elle avait prié durant des heures.
Rien ne pourra la faire chanceler.
Jacqui s’assit sur la tombe de sa mère et murmura
— Maman, maintenant que Mado est avec toi, peux-tu s’il te plaît lui dire de me faire un signe ? Un tout petit signe qui me permettra de l’aider ? Que tu
sois morte ne change rien au fait que je ressente ta présence. Maman, j’ai besoin de toi.
Elle se laissa tomber sur cette tombe qui avait été le témoin de la mort de sa sœur.
Elle ferma les yeux. Elle sentit un souffle léger sur sa joue. Une voix lointaine qui murmurait :

— Cimetière de la ville à l’angle droit. Dernière tombe. Regarde le nom de Charles à l’entrée.
Jacqui sursauta et se leva.
Elle se mit à haleter.
Elle devait se rendre au cimetière de la ville maintenant.
Ça lui prit exactement une demi-heure pour être en ville. À cette heure tardive de la nuit, les rues étaient désertes.
Elle savait où se situait le cimetière de la ville.
Elle trouva son chemin rapidement. Le cimetière était calme. Normal puisqu’il était censé garder des morts.
Elle portait le sac de Mado.
Elle ne savait pas d’où lui venait tout ce courage.
Que faisait-elle exactement dans ce lieu lugubre à minuit ?
Était-ce encore un autre coup monté par ce Roger?
Elle avait lu un passage où Roger avait emmené Mado au cimetière.
Elle se mit à rechercher la rangée qui lui avait été indiquée.
Certaines allées n’étaient pas éclairées et Jacqui fût obligée d’utiliser la torche de son téléphone.
Elle s’avançait tout doucement en cherchant la tombe du fameux Charles. Qu’allait-elle faire si elle la trouvait, elle ne le savait pas elle-même.
Elle avait peur et essayait de ne pas le montrer. Tous ceux qui étaient ici étaient morts. Elle n’avait rien à craindre.
Son cœur battait rapidement. Elle pouvait tourner les jambes et s’enfuir mais elle s’y refusait.
Il lui restait vingt-quatre heures avant qu’on ne l’oblige à enterrer sa sœur. Le téléphone s’échappa de ses mains et tomba.
Jacqui poussa un cri. Le noir l’avait envahie.
Elle se baissa pour le ramasser. La torche ne s’était pas éteinte.

Elle poussa un soupir de soulagement et pointa le faisceau de la lumière devant elle.
Elle poussa un hurlement plus grand en découvrant la silhouette devant elle en blanc.
Le téléphone tomba une seconde fois. Jacqui n’eut plus le courage de se baisser pour le ramasser. La silhouette blanche lui parlait déjà
— Je suis Sonia. Je viens t’aider.
Jacqui fit pipi sur elle. Elle parlait à une morte !…✍️✍️✍️✍️

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