Je dormais dans un cimetière 10: Contre attaque,Accouchement

Retour aux sources !
J’étais là où tout avait commencé.
J’étais sortie de l’appartement comme une folle.
Heureusement, le chauffeur attendait dehors. Sans un mot, je lui avais demandé de me conduire. S’il fût surpris de ma demande saugrenue pour le cimetière, il n’en laissa rien paraître. J’avais su user d’arguments assez convaincants.
Je ne savais pas pourquoi je me retrouvais dans un cimetière accompagnée d’objets hétéroclites.

Je me plaçai devant l’entrée de la tombe, une main sur la porte. Elle n’était pas verrouillée.
J’aurais pu me diriger ici les yeux fermés.
J’y avais passé de nombreuses nuits.
La pièce était toujours aussi glaciale et lugubre.
Je déposai le crâne sur la couche qui me servait de matelas toutes les
nuits.
Je me mis à genoux, les mains jointes sur la tête. — Seigneur, je viens vers toi…je…
Je ne pus aller plus loin.
Il eut comme un tremblement dans la pièce.
Les murs se mirent à bouger.
Je pris mon couteau, je me mis à tracer un cercle autour de moi en chantant une cantique qui me venait spontanément aux lèvres.
Je criais. À l’instant, je me rendais compte que je pouvais émettre des sons et entendre ma voix.
Sûrement la suite logique des évènements paranormaux que je vivais.
Tout autour de moi, la tombe menaçait de s’effondrer. Mais je n’allais pas laisser tomber.

J’étais prête à mourir et à être enterrée ici.
Je m’écroulai en poussant un soupir.
— Aide-moi seigneur ! Ce fût tout ce que je pus dire !
Tout s’arrêta brusquement. Comme dans un ralenti, le tremblement s’était
stoppé.
Je regardai sur la couche devant moi, le crâne avait disparu. Où était-il
encore passé ?
Je pris ma bible et mon couteau que je remis dans mon sac, je sortis en
courant.
Le chauffeur m’attendait à plusieurs mètres.
Il ne savait pas ce que j’étais venue faire ici.
J’avais payé assez fort pour éviter toute question.
Je repris la direction de l’appartement toute tremblante.
Que devait-il se passer maintenant puisque le crâne avait disparu ? Lorsque le chauffeur me déposa, nous fîmes fasse à une découverte
incroyable : Mon apparemment était en feu !
Là, devant moi, les flammes noircissaient le ciel. Elles sortaient de mon appartement situé au premier niveau. Il me semblait qu’il était le seul atteint.
Tout était entrain de brûler.
Je sortis de la voiture en courant.
Une foule s’était déjà amassée devant l’immeuble.
J’essayais de me frayer un chemin pour y voir plus clair.
J’ouvris la bouche pour interroger une dame qui semblait avoir vécu toute la scène.
Aucun son ne traversa mes lèvres. J’avais parlé dans la tombe mais ici, c’était impossible.
Je sortis mon bloc note sur lequel j’écrivis rapidement:
— Que se passe-t-il ?
Je tendis mon bloc note à la femme qui me regarda avec un air de pitié

— Tu ne parles pas ?
Je hochai la terre. Inutile de lui demander pourquoi je serais entrain d’écrire sur un bout de papier.
— Bon, le feu a commencé subitement dans cet appartement du premier niveau-là. Ça fait une demi-heure. Mais le plus curieux est que c’est resté là-bas. Ça n’a touché aucun autre appartement jusqu’ici. Les pompiers essaient de l’arrêter mais c’est impossible. Toute tentative aggrave la situation. Voilà. Je ne sais pas qui vit là-bas mais j’espère que la personne est vivante!
Je remerciai la dame en reculant. Je marchais à reculons.
J’étais estomaquée par tout ceci. J’arrivai à la voiture.
Et j’écrivis rapidement au chauffeur qui n’avait pas bougé. — Emmenez-moi chez mon père !
Ma sœur me regardait. Mon père mit la main sur la tête.
Je grelottais, recroquevillée dans un coin de la maison. Je n’arrivais pas à m’arrêter.
Le chauffeur m’avait déposée à quelques pas de la maison. Je lui avais intimé l’ordre de rentrer chez lui. Je n’avais plus besoin de lui cette nuit.
Il avait voulu protester.
Il n’avait pas le droit de me quitter des yeux, m’avait-il dit. Et puis, il me fallait répondre aux questions de la police. Puisque je ne parlais même pas,
comment aurais-je pu répondre ? Je lui avais également demandé d’appeler Roger. Il allait gérer la situation comme d’habitude.
Je ne savais pas ce qui s’était passé.
J’étais encore en état de choc.
Le crâne qui disparaissait au cimetière et ensuite mon appartement qui était en feu.
Je savais au fond de moi que ces événements étaient intimement liés.

Vous allez croire que cette histoire n’a aucun sens. Mais vous allez découvrir que ça aurait pu être vous. J’ai été peut-être trop gourmande. Contrairement à vous, je me suis lancée tête basse dans une aventure sans lire le prologue.
J’étais servie.
Ma bible et le couteau étaient bien à l’abri dans mon sac.
Je regardais autour de moi, j’étais revenue au point de départ. J’avais juré
que je ne vivrais plus dans une pauvreté pareille
Pourquoi étais-je retournée sur mes pas ?
Lorsque toutes les portes sont fermées.
Lorsque vous vous rendez compte que vous vous êtes trompés. Lorsque vous comprenez que la décision que vous aviez prise n’était pas celle que vous auriez voulue.
Lorsque vous comprenez enfin qu’il vous reste une lueur d’espoir, une possibilité infirme de vous en sortir,
N’hésitez pas.
Retournez sur vos pas.
N’hésitez pas.
N’ayez pas honte.
Retournez vers les vôtres.
Ils ne sont pas parfaits mais ils seront là.
Ils sauront vous ouvrir leurs bras.
J’étais chez les miens.
J’avais cheminée seule, vers ma sombre destinée.
Je retournais panser mes plaies chez les miens et trouver une solution efficace à ma situation.

Jacqui m’avait aidée à m’allonger sans me poser de questions. Elle était réapparue une tasse fumante en main.

Le matelas avait changé. Il paraissait plus moelleux. La chambre aussi avait l’air plus gai.
Jacqui me tendit la tasse en souriant
— Des feuilles de menthe. Ça va t’apaiser. Tu pourras dormir. Je regardai ma sœur.
Nous étions si différentes.
— D’où vient le nouveau matelas Jacqui ?
Demandai-je sur mon bloc note.
— Ah, le fruit de mes économies. Ça fait douze mois comme je gardais l’argent pour ça.
Je sursautai.
J’avais eu tout ça mais il ne m’avait pas fallu douze mois.

J’avais eu tout ça par d’autres moyens en quelques jours. Je venais de voir mon bel appartement partir en fumée. Quelle serait la prochaine catastrophe ?
J’attendais au fond de ce lit
C’était la première fois que je me couchais sur un lit depuis longtemps. J’avais oublié la sensation agréable d’un matelas sur ses côtes.
Je n’étais plus dans l’appartement.
J’écrivis rapidement pour Jacqui
— S’il te plaît, peux-tu m’aider à prier. Je sais que tu le faisais avec
maman. C’est important pour moi s’il te plaît !
Mes mots étaient hésitants et mes mains tremblaient. Jacqui leva mon menton.
— Aucune situation n’est au-dessus des capacités de gestion de notre seigneur. Quelque soit ton fardeau, dépose le devant l’éternel. Il te guidera. Laisse-moi t’aider Mado !
Je savais que je pouvais lui faire confiance. Mais j’avais compris que lui souffler le moindre mot était la plonger dans un grand danger. Elle pouvait

mourir. Ce n’était pas ce que je désirais. Elle allait m’aider mais d’une autre façon. Pour le reste, c’était à moi de m’en occuper.
— Jacqui, prions s’il te plaît !
J’allais me coucher en attendant.
Ma nuit fût peuplée de cauchemars. Je ne cessais de voir le crâne me
poursuivre en criant
— Tu es à moi, tu es ma femme ! Je lui répondais.
— Non, je ne te connais pas. Tu es le diable. — Tu ne pourras pas m’échapper Mado !
— Je ne suis pas un crâne comme toi.
— Tu le seras bientôt..
Je fuyais et je suis tombée sur le monstre.
Il suçait son doigt.
Il bougea la tête.
— Mère, le jeu n’est plus amusant. Remettez le crâne en place. Ne
m’obligez pas à venir le chercher.
— Quel crâne ? Je n’ai rien pris.
— Mère, ce n’est pas ainsi que les choses étaient censées se dérouler. Pourquoi parlais-je à un monstre ?
Je me mis à courir. Je voulais fuir loin d’eux. Le monstre cria
— L’incendie de l’appartement n’est qu’un avertissement. Il y aura pire. Le
monde s’effondrera et ça sera de ta faute.
Je sursautai en sueur sur mon lit.
Ils n’allaient jamais me laisser partir.
La porte de la chambre s’ouvrit soudain. C’était Jacqui.
— Mado, quelqu’un pour toi. C’est Roger ! Je me mis à trembler.

Que venait-il faire ici ? Qui lui avait montré ma maison. Je ne voulais pas lui parler.
Mais étais-je en position de négocier ?
Je n’avais plus le choix.
J’allais demander à Roger de tout récupérer, son argent, sa voiture… Tout ce qui restait après l’incendie. Je devais lui remettre ses cartes bancaires, même la boutique, il pouvait la garder. Je pouvais même lui remettre cette robe que j’avais sur le dos. Je ne voulais plus rien de lui. J’allais tout lui remettre jusqu’à
mon souffle s’il le désirait. Je voulais ma vie.
Qu’il me remette mon ancienne vie !
Je n’avais plus rien à faire de tout ce matériel.
À quoi me servait tout ça si mon âme était tourmentée et que j’étais
malheureuse ?
Je devais redevenir toute nue, j’allais chercher à me débarrasser du
monstre qui était logé en moi.
Pourrais-je avoir un jour une vie heureuse ?
Pourrais-je un jour avoir la chance de recommencer ?
Je n’avais aucune réponse à ces questions mais ce n’était pas le plus
important.
Je devais tout arrêter et maintenant. Il était temps.
Je me levai tout doucement et je marquai deux pas. Je m’immobilisai.
Une chose incroyable était entrain de se produire.
Je perdais les eaux. J’allais accoucher ????

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